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Sociologie(s) publique(s) ?





Journal collectif 6. Boboland et la boîte de sardines.


par Annick Madec
le 24 mars 2020

LES SARDINES
(brestoises)
(Dimanche 22 mars …….. J+6. )

Sur l’écran de l’ordinateur défilent les images de manifestant.e.s. Images et slogans de 1972, historique lutte des ouvrières et ouvriers du Joint Français, usine installée à St Brieuc avec l’intention clairement affichée d’employer là une classe paysanne devenue ouvrière qui se montrera docile. En 1972, c’est non : aux bas salaires, aux mauvaises conditions de travail. Grève qui pourra être longue car soutenue, alimentée, par la solidarité paysanne. Crise sociale, donc, pas sanitaire. Visionnage accessible à toutes, tous, les connecté.e.s, offert gratuitement, par la Cinémathèque de Bretagne pour une durée de trois mois. Durée estimée du confinement ? A 20h, les bruits des manifestations à St Brieuc sont couverts par une chanson, pas vraiment genre France Culture, « Les sardines » (Patrick Sébastien). Impossible que le radio-réveil se soit déclenché à cette heure-là. Et pourquoi la pièce est-elle tout à coup éclairée par une lumière rouge vif ? Ouverture de la fenêtre côté cour, si je peux dire, le bruit et la lumière viennent de ce côté-là. Un couple danse sur son balcon auprès de leur sono qui diffuse aussi cette lumière rouge : https://www.youtube.com/watch?v=vUes9-tFWm4
Ils sont au RDC d’un immeuble de 7 étages, un immeuble couvert d’un revêtement noir. Et seuls dans cet immeuble à jouer le jeu de l’appel à manifester son soutien aux soignant.e.s. Mais leur invitation a été entendue tout à côté, par les voisin.e.s de l’immeuble peint en blanc. Tous les balcons, ou presque, sont occupés. Parents et enfants dansent, applaudissent. Certains ont ressortis les guirlandes lumineuses de Noël. Les gens s’interpellent d’un balcon à l’autre. Ca dure peu de temps. Les adultes veulent peut-être suivre le JT. Il ne fait pas très chaud, les enfants doivent rentrer. Ce qui est sûr c’est que ces confiné.e.s là sont peut-être bien serré.e.s comme des sardines, dans cet immeuble blanc aux étroits balcons de la résidence qui compte sept bâtiments, déserts pour la plupart. Les Parisiens sont dénoncés pour avoir fui l’enfermement dans Paris mais des résident.e.s brestois.e.s, vivant dans de confortables appartements avec de grands balcons et une vue mer ont également choisi de rejoindre d’autres lieux, avec jardins, peut-on imaginer. Un nouveau quartier respecte les nouvelles normes : 25% des logements sont réservés au logement social. Ici, les 25% sont visibles, même la nuit, l’immeuble est blanc. Des balcons on voit aussi la mer, mais d’un peu plus loin. L’immeuble est en arrière-plan par rapport au cours Aimé Césaire sur lequel on ne voit pas un chat. Parfois un chien tenu en laisse par un.e confiné.e. Et quelques goélands, des pies aussi. Peu de vie, donc. La vie est derrière. Comme à Noël, période durant laquelle ce sont les 25% qui décorent, illuminent balcons et façades. Comme le 31 décembre où ce sont des mêmes balcons que fusent et diffusent musique et vœux. Le confinement montre un peu plus lisiblement, auditivement, la vie ordinaire d’un quartier qui ne devait pas être un boboland, affirmait la municipalité, qui se vante de cette réalisation. De fait, pas très bohèmes les 75%, ou alors bohèmes ailleurs, les week-ends, les vacances, grandes ou petites, et pendant le confinement … Sans doute assez bourgeois pour avoir les moyens de l’ubiquité.